
« Repartir en production pour le projet-processus «Bac Jaune» en vu de participer à l’exposition Couloir#2 * et répondre ainsi à l’invitation d’Ann Loubert. 250 cadres (un peu plus – un peu moins) et autant d’emballages, cadres plastiques IKEA – économie de la production – format 21X30 cm – noirs ou blancs – papiers de fond – noirs – blancs – gris – cartons d’emballage – marrons – beiges (plus ou moins foncé) – blancs. Puiser dans les encadrements déjà réalisés pour récupérer et recycler les emballages correspondant au projet – si besoin compléter en cherchant de nouveaux emballages dans les bacs jaunes de l’immeuble »
“Resuming production for the ‘Bac Jaune’ project-process in order to participate in the Couloir#2 * exhibition and thus accept Ann Loubert’s invitation. 250 frames (give or take a few) and an equal number of packaging materials: IKEA plastic frames—cost-effective production—21×30 cm format—black or white—backing paper—black—white—gray—packaging cardboard—brown—beige (varying shades)—white. Draw from previously framed works to recover and recycle packaging suitable for the project—if necessary, supplement by searching for new packaging in the building’s recycling bins.”
journal, Strasbourg, 24 décembre 2024

Dans la répartition des espaces de l’atelier-appartement entre les 4 artistes de l’exposition, le couloir s’est imposé immédiatement comme l’endroit idéal pour concevoir un nouvel accrochage d’une partie de la collection Bac Jaune (environ 1500 emballages encadrés en mars 2025). Couloir long d’une dizaine de mètres, couloir étroit forçant une relation de grande proximité entre le regardeur et les oeuvres accrochées, relation de vis-à-vis mettant en tension le visage humain incarné et les visages fantomatiques, visagéités, que l’imagination fabrique en interprétant les formes d’emballages produites par la logique productiviste d’une rationalisation de la circulation de la marchandise. // In distributing the spaces of the studio-apartment among the four artists in the exhibition, the hallway immediately emerged as the ideal location for a new installation of part of the Bac Jaune collection (approximately 1,500 framed packages as of March 2025). A corridor about ten meters long, a narrow corridor forcing a relationship of great proximity between the viewer and the hung works—a face-to-face relationship that creates tension between the embodied human face and the ghostly, faceted faces that the imagination constructs by interpreting the shapes of packaging produced by the productivist logic of a rationalization of the circulation of goods.

« voix du couloir » lecture d’Elias Levi Toledo
Emballé
Collage
Une théorie générale du carton
Une traduction
Le tout peut-être parsemé de poèmes
COLLAGE
Ce prochain poème est 100% plagié, enfin plié, enfin recyclé.
Il aurait lieu, tout d’abord de classifier certains de ses traits.
Il serait toutefois imprudent de tenter de créer des formules.
Il est si totalement soumis à son contenu. Lamentable vestige. L’éternité et la poubelle.
Charme, secret, rite. Totem. Magie. La science des nœuds. Le goût de l’inconnu. Le collage, cette accumulation d’opérations. Il serait toutefois imprudent de tenter de créer des formules. Nous ne
perdons pas de vue ses possibilités. Nous ne perdons pas de vue ses possibilités émotionnelles. Je vous aime tous, je vous aime. Vous vous suffisez à vous-mêmes. Emballages.
Élément dominant de la civilisation moderne
Instrument agissant qui joue le rôle de lanterne
Pour les chercheurs de toute espèce perdus dans la ténèbre épaisse
Depuis Platon jusqu’à Lucrèce et de l’oncle jusqu’à la nièce
En passant par les grands de Grèce et par le boulevard Barbès
Puisqu’il faut les nommer
Emballages.
(…)










Je ne saurais pas pointer Delphes de mémoire sur une carte blanche, la grotte de Vallon Pont d’Arc, oui, dont je sortais surpris de ne pas retrouver les glaciers et les neiges qui certainement régnaient autour de la faune représentée au revers de la montagne. Chaque motif, dessiné ou estompé, s’y avère avoir été immensément respectueux du relief où il se dépose. L’anatomie de la caverne elle-même, je me suis demandé si elle n’était pas vécue comme disant sa logique aux impétrants, comme les parois des temples dictent la leur aux regards, dans un non-dit qui à chaque fois serait une sorte de style proposé à ce qui y est révéré. Le respect pour le monde comme il était n’a pas caractérisé nos activités depuis, ni l’évolution déglaçante. Nous voilà privés de mammouths. // I couldn’t point out Delphi on a blank map from memory, but I could point out the Vallon Pont d’Arc cave—from which I emerged surprised not to find the glaciers and snows that surely once reigned over the wildlife depicted on the other side of the mountain. Every motif, whether drawn or smudged, turns out to have been immensely respectful of the terrain upon which it rests. As for the anatomy of the cave itself, I wondered if it wasn’t experienced as imparting its own logic to visitors, just as temple walls dictate theirs to the gaze, in an unspoken language that each time serves as a kind of style offered to what is revered there. Respect for the world as it was has not characterized our activities since then, nor has the ice-melting evolution. Here we are, deprived of mammoths.
(…)
En traversant un couloir place Blanche, je me suis souvenu des dessins de la grotte Chauvet. Le respect de François Duconseille pour les cartonnages, pour les emballages jetés par ses voisins au Bac Jaune de la cave, son geste pour les déplier, les éployer, son respect pour ce continent de rebuts qui nous entoure de façon tellement démesurée, m’a rappelé le respect qu’avaient les gens de l’Aurignacien, pour les reliefs des parois de la caverne. Aux murs de cet appartement, étaient dépliés avec le même respect, des cartons d’emballages qui, multipliés, faisaient comme l’a très justement déclamé un poète, plus de personnages que ceux de la Recherche du temps perdu. // As I walked down a corridoor in Place Blanche, I was reminded of the drawings in the Chauvet Cave. François Duconseille’s respect for cardboard boxes, for the packaging discarded by his neighbors in the yellow recycling bin in the basement, his gesture of unfolding them, spreading them out, his respect for this vast expanse of waste that surrounds us so overwhelmingly, reminded me of the respect the people of the Aurignacian era had for the reliefs on the cave walls. On the walls of this apartment, cardboard boxes were unfolded with the same respect; multiplied, they created, as a poet so aptly put it, more characters than those in In Search of Lost Time.
Et comme à Delphes, en fermant les yeux et en écoutant l’oracle venu là nous dire les yeux fermés tout ce qu’il avait vu d’un de ces « visages » déployés par François Duconseille au revers de l’aveuglement consumériste qui nous anonymise en nous cliquant comme jamais, je me suis senti là où je suis réellement. J’ai senti ces visages en rire, se moquer, enfin libres, au beau milieu de l’entrelacs des énormes machines qui plient sans relâche, coupent sur des plans de pliure inconcevables sauf par des ingénieurs kafkaïens dont la vie certainement est dédiée à deviner quel carton emballera notre prochain aspirateur, chasse-limace, ratatine-ordure. J’ai senti depuis la place Blanche comme nous sommes comprimés nous aussi, par le monde des automates et des penseurs asservis à l’automation comme nous en avait prévenu Charlie Chaplin. Ça imprime, ça emballe, ça adresse et ça expédie. Heureusement qu’il y en a qui empêchent cette machinerie de récupérer ensuite la totalité des restes de cet Inconscient sans penser à jeter un regard aux écorchures que ça nous fait à la conscience. // And just as in Delphi, as I closed my eyes and listened to the oracle who had come there to tell us, with eyes closed, everything he had seen of one of those “faces” displayed by François Duconseille on the flip side of the consumerist blindness that renders us anonymous by clicking on us as never before, I felt I was where I truly am. I felt those faces laughing, mocking, finally free, right in the midst of the interlacing of enormous machines that fold relentlessly, cutting along fold lines inconceivable except to Kafkaesque engineers whose lives are surely dedicated to guessing which cardboard will package our next vacuum cleaner, slug trap, or trash compactor. From Place Blanche, I felt how we too are compressed by the world of automatons and thinkers enslaved to automation, just as Charlie Chaplin had warned us. It prints, it packs, it addresses, and it ships. Fortunately, there are those who prevent this machinery from then reclaiming every last remnant of the Unconscious without so much as glancing at the wounds it inflicts on our conscience.
Baudouin Pfersdorff, mars 2025

C’est une chose qui me fait face ou qui me tourne le dos, frontalement dans un cas comme dans l’autre ; une chose qui me fait face bien qu’elle me présente son envers, comme je le sais en l’abordant et comme je tâche de l’oublier pour la voir en elle-même. Cette chose donc me fait face et, ce qui est plus, elle me regarde. Ce que je suis tenté d’appeler ses yeux, parce que ces orifices sont au nombre de deux comme mes yeux à moi et, comme mes yeux à moi, se trouvent presque au sommet de ce que je suis tenté d’appeler son corps, ses yeux donc sont au niveau de mon regard, et de là son corps descend jusqu’au niveau de ma taille. La chose s’arrête là ; elle est dénuée de jambes ; et si je ne peux donc pas dire qu’elle s’érige devant moi, elle se dresse néanmoins, elle plane, se soutient, insiste, elle me fait face et me regarde. Elle est installée sous une vitre, au centre d’un cadre noir une fois et demie plus haut que large, et se détache sur un fond noir lui aussi, dont je remarque, si je m’approche plus près, qu’il se compose de deux rectangles de taille exactement égale qui se confondent à mi-hauteur (…) // It is a thing that faces me or turns its back on me, head-on in either case; a thing that faces me even though it presents its reverse side to me, as I know when I approach it and as I try to forget this in order to see it for what it is. This thing, then, faces me and, what is more, it looks at me. What I am tempted to call its eyes, because these orifices are two in number like my own eyes and, like my own eyes, are located almost at the top of what I am tempted to call its body; its eyes, then, are at the level of my gaze, and from there its body descends to the level of my waist. The thing ends there; it has no legs; and so while I cannot say that it stands before me, it nevertheless stands, it hovers, it holds itself up, it persists, it faces me and looks at me. It is set beneath a pane of glass, in the center of a black frame one and a half times taller than it is wide, and stands out against a background that is also black, which I notice, if I move closer, consists of two rectangles of exactly equal size that merge halfway up (…)
traduction DEEPL
Régis Quatresous
texte lu par l’auteur le 15 mars 2025 pour «regard les yeux fermés» rencontre organisée pour l’exposition Couloir#2. // Text read by the author on March 15, 2025, for “regard les yeux fermés,” an event organized for the exhibition Couloir#2

BJ-1892 (carton d’emballage d’un pack de bière – 103 x 73 cm)
Suite à la présentation de l’installation BAC JAUNE / CORRIDOR a été publié un nouveau livret de la série BAC JAUNE. // Following the presentation of the BAC JAUNE / CORRIDOR installation, a new booklet in the BAC JAUNE series has been published

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